Des forêts coutumières au financement de la lutte contre le changement climatique : La VCA Indonésie se fait le champion de la justice climatique à partir de la base

Au cœur de l'archipel, des rivages bordés de mangroves de l'est de Nusa Tenggara aux forêts profondes de Papouasie, une transformation discrète mais puissante est en cours. Elle n'est pas le fait des seuls gouvernements ou institutions, mais des communautés, composées d'anciens, de jeunes militants, de chefs de village et de femmes locales, qui revendiquent leur droit à façonner l'avenir de leurs terres et de leur climat.

La VCA Indonésie est convaincue que les solutions à la crise climatique doivent venir de ceux qui sont le plus directement confrontés à ses effets. Cette conviction prend racine grâce à un travail audacieux dans le domaine du financement climatique, de l’intégration des politiques et de la reconnaissance formelle des droits coutumiers. Jusqu’à présent, cela a permis de mobiliser plus de 24,5 milliards d’IDR (environ 1,39 million d’euros), avec des contributions importantes de sources gouvernementales et non gouvernementales.

Mais les chiffres ne sont qu’une partie de l’histoire.

Photo source : KONSEPSI NTB / C4Ledger Indonésie

Au cours de la récente Semaine indonésienne du climat, les partenaires de l’EVC se sont réunis avec des représentants nationaux pour créer un espace permettant aux voix de la base d’être entendues au plus haut niveau. Grâce à des auditions directes avec des institutions telles que le ministère de la planification du développement national (Bappenas), le ministère de l’environnement et des forêts (MoEF) et le ministère des villages et du développement des régions défavorisées (MoVDDR), les communautés ont présenté leurs expériences vécues et leurs connaissances locales comme des contributions essentielles au plan national de développement à moyen terme (RPJMN). À l’aube d’une nouvelle ère gouvernementale, ces interactions visent à façonner un programme climatique plus inclusif, dans lequel les priorités nationales sont ancrées dans les réalités locales.

Cette passerelle entre la base et la politique s’étend également aux niveaux régional et infranational. À Sumba Est, les partenaires de l’EVC ont réussi à inclure les droits des autochtones et le changement climatique dans le plan de développement à long terme de la région pour 2025-2045. À Lembata, le changement climatique a été reconnu comme une question stratégique clé dans son document de planification régionale. Ces victoires n’ont pas été remportées du jour au lendemain, mais grâce à un dialogue soutenu, à une organisation collective et à l’établissement de preuves par les communautés. Ces efforts considérables se poursuivront dans d’autres districts jusqu’à ce que tous les plans régionaux soient finalisés d’ici septembre 2025.

C’est souvent au niveau du village que le changement est le plus visible et le plus profondément ressenti. À Lamatokan, dans l’est de Nusa Tenggara, les traditions locales ont été renforcées par un règlement villageois visant à protéger la pratique Muro, une méthode ancestrale de gestion des ressources naturelles. Dans la même province, mais dans un village différent, Tanah Merah, un règlement sur le  »Kewenangan Asal Usul Desa » a permis aux villageois de prendre en charge leurs écosystèmes de mangrove. À Sardonoharjo, dans la région spéciale de Yogyakarta, un village que l’alliance VCA n’avait pas atteint au départ, les habitants ont lancé leur propre campagne de sensibilisation à la gestion des déchets. Avec le soutien de l’EVC, ils ont collaboré avec les chefs des sous-villages, les organisations communautaires et le chef de Kelurahan pour élaborer et adopter le règlement n° 3/2024, qui a jeté les bases d’un système intégré de gestion des déchets au niveau urbain-villageois.

Au-delà de la protection de l’environnement, ces réglementations locales représentent quelque chose de plus profond : la reconnaissance. Ces réglementations reconnaissent la capacité des communautés à s’autogérer. Que leurs connaissances sont importantes. Que leurs histoires sont dignes d’être prises en compte par les politiques. Cette quête de reconnaissance prend une forme puissante en Papouasie et en Papouasie Selatan, où la VCA et ses partenaires ont fait progresser la désignation officielle des forêts coutumières. Obtenir la reconnaissance d’une aire coutumière est un processus complexe, qui implique une cartographie participative, des consultations communautaires et une vérification juridique. Mais les résultats sont transformateurs.

Dans la régence de Tambrauw, six territoires coutumiers ont été vérifiés et validés, ce qui a conduit à la reconnaissance officielle de l’aire coutumière d’Abun Tat Yessa, qui couvre plus de 58 000 hectares, par décret de la régence en décembre 2024. De même, dans la régence d’Asmat, l’aire coutumière d’Unir Sirau, qui s’étend sur 129 250 hectares, a fait l’objet d’une vérification des données spatiales et non spatiales dans le cadre d’ateliers collaboratifs. Ce processus, ancré dans un partenariat entre le WWF-Indonésie, la BRWA, la fondation YASA et le conseil coutumier d’Asmat, ouvre la voie à de futures lois régionales qui reconnaissent et protègent la gestion des terres et des forêts par les populations autochtones.

Et au milieu de toute cette politique et de ce plaidoyer, il y a encore de la place pour la célébration et la réflexion. Sur l’île de Flores, le festival Pesta Raya Flobamoratas est devenu plus qu’un simple rassemblement culturel, mais une salle de classe vivante sur l’organisation durable. Les communautés ont appris à minimiser la consommation d’électricité, à réduire les déchets alimentaires et même à mesurer leur empreinte carbone. Avec l’aide d’experts en climatologie, elles se sont engagées à replanter des arbres sur leur île dans le cadre de leur engagement à compenser les émissions. L’événement a permis de rappeler concrètement que l’action en faveur du climat ne doit pas nécessairement découler d’une directive gouvernementale ; elle peut commencer par un festival, une chanson, un arbre planté en souvenir de rêves partagés.

L’histoire de la VCA Indonésie est en fin de compte celle de personnes qui se réapproprient leur pouvoir de protéger la planète. Il s’agit de villageois qui rédigent des lois, d’anciens qui cartographient les forêts, de femmes qui défendent leurs mangroves et de jeunes qui dirigent des mouvements. À l’horizon 2025 et au-delà, la vision est claire : la justice climatique n’est pas un simple point à l’ordre du jour ; c’est une réalité vécue, façonnée chaque jour par ceux qui vivent sur cette terre.

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