Réflexion sur les cinq années d’existence du programme EVC
Pendant quatre jours au mois d'août, nous avons célébré nos succès et reconnu les défis, en admettant que nos efforts pour amplifier les voix ont jeté les bases d'un mouvement durable.
10 septembre 2025
Alors que le programme Voices for Just Climate Action (VCA) achève ses cinq années d’existence, des partenaires du monde entier se sont réunis pour un événement de quatre jours à Nairobi, au Kenya(organisé par SDI Kenya), afin de réfléchir à nos réalisations collectives et de trouver des moyens de créer une voie durable pour l’avenir.
Jour 1 : Réflexions régionales et World Café
Le premier jour a été consacré à un »World Café », au cours duquel les partenaires régionaux ont partagé leurs réflexions sur le voyage. Dans des contextes divers, le travail a révélé que la justice climatique n’est pas seulement une question de projets ou de politiques, mais qu’elle implique des changements profonds en matière de pouvoir, d’accès et de voix.
En Bolivie, les partenaires ont plaidé avec succès en faveur d’une nouvelle loi sur l’eau, la première mise à jour depuis 1906, en veillant à ce que les voix locales soient entendues, démontrant ainsi que les progrès réels commencent par l’écoute.
Le Paraguay a montré comment l’accès, que ce soit à l’internet, à l’information ou à la terre, renforce les communautés. En créant des centres Internet dans des zones reculées et en résolvant des litiges fonciers pour des groupes indigènes, le travail a renforcé leur capacité à revendiquer des droits et à renforcer leur résilience.
Au Brésil, un modèle de gouvernance partagée a permis de distribuer la prise de décision à tous les partenaires, un triomphe de la co-création dans la vaste région amazonienne. Cette approche, guidée par l’empathie et le courage, a permis de soutenir directement les petites organisations et de faciliter la participation record des populations autochtones à la COP28.

La Zambie a redéfini l’appropriation de l’action climatique. En donnant aux jeunes les moyens de concevoir et de diriger des projets communautaires et d’utiliser des »récits alternatifs » pour influencer les politiques, ce travail a prouvé que lorsque les gens sont à l’origine de leurs propres solutions, celles-ci perdurent et s’étendent.
En Tunisie, les partenaires ont créé un comité national de l’eau qui réunit diverses parties prenantes pour définir la stratégie de l’eau, soulignant ainsi l’importance d’une gouvernance inclusive. La création de banques de semences locales a également aidé les petits agriculteurs à protéger les systèmes alimentaires et à reprendre le contrôle de la production.
En Indonésie, une vaste alliance d’organisations de la société civile et d’organisations communautaires a montré comment un effort à l’échelle nationale peut entraîner des changements, depuis la reconnaissance des solutions locales dans les villages jusqu’à la défense des droits fonciers coutumiers au niveau national.

Jour 2 : Réflexions des groupes thématiques
Le deuxième jour, nous avons approfondi quatre domaines thématiques clés, en réfléchissant aux enseignements tirés et aux opportunités futures.
Les discussions ont mis en évidence une réorganisation collective de la manière dont le financement, le pouvoir et les partenariats peuvent être structurés pour servir véritablement les communautés. Un thème clair a été l’abandon des approches rigides et uniformes au profit de modèles qui reconnaissent et nourrissent les différentes capacités, créant des voies de croissance et d’autonomisation au fil du temps. Nous avons parlé de l’importance de maintenir l’agence au niveau local, nous rappelant que la collaboration devrait être un soutien plutôt qu’une direction, et que le fardeau de la conformité des donateurs risque souvent d’éclipser le véritable travail qui se fait sur le terrain.

Ce qui est apparu, c’est aussi la célébration des connexions et des nouveaux liens forgés entre les organisations urbaines et rurales, des partenariats inattendus avec les acteurs gouvernementaux et la reconnaissance du fait que, malgré les différences de contexte, les vulnérabilités et les aspirations sont souvent partagées. Le mécanisme de subvention de niveau suivant(NLGF) s’est révélé être un catalyseur de changement, non seulement en rendant les ressources directement accessibles à des groupes historiquement exclus des financements traditionnels, mais aussi en débloquant leur capacité à mobiliser un soutien supplémentaire. L’ouverture et la flexibilité de ce mécanisme ont apporté la preuve tangible que les solutions communautaires ne sont pas seulement possibles, mais crédibles, évolutives et transformatrices.
Jour 3 : De la théorie à la pratique – Visites sur le terrain
Le troisième jour a été l’occasion d’un voyage puissant de la salle de conférence au cœur de notre travail. Nous avons visité des projets à Nairobi et à Naivasha, ce qui nous a permis d’apprécier de première main les mesures d’adaptation au climat prises au niveau local.
Nairobi : La résilience dans les quartiers informels
Le travail réalisé à Nairobi a montré comment l’action climatique peut être un catalyseur pour la sécurité, l’inclusion et la créativité dans les communautés urbaines. À Korogocho, des jeunes ont transformé une décharge négligée en un parc vert, qui a créé un espace sûr pour les enfants et favorisé l’agriculture urbaine et l’éducation à l’environnement. À Kibera, un modèle d’économie circulaire a transformé les déchets en ressources, créant des emplois dignes et prouvant que de petites subventions peuvent conduire à une croissance significative, menée par la communauté. Grâce à l’art, à la musique et à la performance, le programme a également montré comment les messages sur le climat peuvent être traduits en histoires puissantes et racontables, touchant à la fois les cœurs et les esprits. Ces expériences démontrent que la résilience ne se construit pas seulement par l’infrastructure, mais aussi par la créativité et le courage des communautés à réimaginer leur propre avenir.


Naivasha : Sauvegarde de la nature et des moyens de subsistance
À Naivasha, les communautés font progresser la résilience grâce à des solutions pratiques et au partage des connaissances. Dans le quartier de Biashara, les habitants ont remédié à une pénurie d’eau en prolongeant une canalisation à partir d’un puits de forage, un projet qui assure désormais la sécurité de l’eau à des centaines de ménages et soutient les entreprises locales. Leurs efforts ont également porté sur les pépinières et l’agriculture intelligente face au climat, montrant l’importance des approches holistiques qui répondent aux besoins immédiats tout en renforçant la résilience à long terme. Au centre de permaculture de Gathengera, les agriculteurs et les jeunes se sont familiarisés avec l’agroforesterie et les méthodes d’agriculture durable grâce à des démonstrations pratiques et à des échanges entre pairs. Cette approche leur a non seulement permis d’acquérir des compétences techniques, mais leur a aussi donné la confiance nécessaire pour défendre leurs propres solutions. Ensemble, ces expériences ont mis en évidence le rôle central de l’innovation communautaire dans la lutte contre les vulnérabilités et le renforcement de la résilience à partir de la base.


Jour 4 : Réflexions finales
Le dernier jour a été l’occasion de réfléchir à l’héritage du programme. Le véritable impact de l’EVC perdurera à travers les organisations et l’écosystème plus large des mouvements qu’il a contribué à construire.
Nos expériences démontrent qu’une action climatique significative n’émerge pas d’interventions isolées, mais de la dignité des vies, de la création d’un espace pour de nouvelles voix et de la construction d’une solidarité entre les mouvements. Les résultats les plus durables ne sont pas seulement des réformes juridiques, des initiatives médiatiques ou des projets d’adaptation, mais le renforcement de la capacité des communautés à imaginer et à revendiquer des avenirs plus justes et plus résilients.

»Les réponses à la question de savoir ce qui va se passer ensuite reposent sur ce que nous avons fait (…) et sur ce que nous faisons aujourd’hui ».

