Lutte contre la déforestation en Zambie : Le rôle des chefs traditionnels et les solutions durables
La Zambie est confrontée à un problème urgent : la perte d'environ 0,8 % de ses forêts chaque année, soit 250 000 à 300 000 hectares par an.
Différents facteurs, dont l’expansion agricole, la production de charbon de bois, les feux de brousse et le manque de sensibilisation, sont à l’origine de ce taux alarmant de déforestation. Les conséquences sont désastreuses, comme le souligne le Fonds mondial pour la nature (WWF), membre de l’alliance du programme Voices for Just Climate Action (VCA). La déforestation en Zambie entraîne une perte de biodiversité, la pollution de l’eau et l’érosion des sols, contribuant ainsi au changement climatique.
Face à cette crise environnementale, un appel à l’action est lancé. Plusieurs stratégies ont été proposées pour lutter contre la déforestation, telles que la promotion de l’agriculture durable, l’encouragement à l’utilisation de combustibles alternatifs, la sensibilisation et l’application des lois et règlements. Toutefois, il est essentiel de tenir compte du contexte unique du problème pour garantir la durabilité de ces solutions.
La participation active des chefs traditionnels, qui sont les gardiens de vastes étendues de terre, dont beaucoup ont été fortement touchées par la déforestation, est une voie prometteuse pour lutter contre la déforestation en Zambie. En impliquant les chefs traditionnels et en obtenant leur soutien pour promouvoir des moyens de subsistance alternatifs à des activités telles que la production de charbon de bois, il est possible d’aborder le problème sous l’angle de la durabilité.

Les efforts récents de l’Institut Panos d’Afrique australe (PSAF) et de l’Institut zambien de l’alliance des médias indépendants (ZIIMA) dans le district d’Itezhi-tezhi dans le cadre du programme Voices for Just Climate Action (VCA) illustrent le potentiel d’une telle approche. Au cours de cette initiative, les principales parties prenantes ont échangé des informations précieuses sur la conservation des forêts, les réglementations et politiques forestières nationales et le contexte spécifique des activités de production de charbon de bois dans les communautés cibles. Ce dialogue visait à identifier les opportunités et la législation permettant aux communautés de trouver un équilibre entre l’utilisation des ressources forestières et la création de moyens de subsistance alternatifs à la production de charbon de bois.

Le dialogue a rassemblé un large éventail de participants, dont le chef Kaingu du peuple Ila, le commissaire du district d’Itezhi-tezhi, le président du conseil d’Itezhi-tezhi, les conseillers des quartiers d’Itumbi et de Kaanzwa, ainsi que divers chefs de village et femmes. La discussion s’est caractérisée par une demande collective de solutions et d’alternatives. De nombreux dirigeants communautaires ont attribué les effets actuels du changement climatique à l’absence de sources de revenus et de modes de vie alternatifs.

Le chef Kaingu a exprimé sa frustration, soulignant le rôle des zones urbaines dans l’augmentation de la demande de charbon de bois. Il a souligné qu’en dehors de l’électricité, le charbon de bois reste la principale source d’énergie pour la cuisine dans de nombreux ménages urbains. Pour lutter efficacement contre la déforestation, le chef a souligné l’importance de traiter cette demande à la source, notamment dans les grandes villes comme Lusaka et la ceinture de cuivre.

Peter Sianyama, chef principal du district, a soutenu la position du chef Kaingu sur la réduction de la demande de charbon de bois dans les zones urbaines. Il a fait remarquer qu’il ne fallait pas compter uniquement sur les cultures maraîchères en raison de l’importance des populations de bovins, de caprins et d’ovins dans les zones rurales, qui consomment souvent les récoltes destinées à l’alimentation humaine.
Le président du conseil municipal d’Itezhi-tezhi, Oliver Sitengu, a soulevé une question pertinente concernant les puits solaires installés par une institution connue sous le nom de COMACO. La réponse des chefs de communauté a indiqué que l’emplacement de ces points d’eau était souvent trop éloigné de leurs maisons, ce qui rendait difficile l’établissement de jardins pour des moyens de subsistance durables.

La distribution des intrants agricoles est également apparue comme un sujet de préoccupation, les dirigeants communautaires soulignant la distribution tardive et sélective des ressources essentielles. Dans une région à vocation agricole comme le district d’Itezhi-tezhi, la distribution adéquate et en temps voulu des intrants est cruciale pour garantir des récoltes suffisantes pour subvenir aux besoins des familles.
»Il est difficile de se concentrer uniquement sur l’agriculture ; que puis-je faire avec deux sacs d’engrais alors que j’ai six enfants qui vont à l’école ? Ils ont besoin de manger, de livres et de vêtements, et la taille de ma ferme est très grande, ce qui me limite lorsque les intrants ne sont pas suffisants. Grâce à ces plateformes, nous apprenons à co-créer des initiatives locales pour préserver nos moyens de subsistance ». – Chef de village de Sianyama.
Une autre conséquence de la déforestation soulignée par les chefs de village est la raréfaction de ressources telles que le miel, qui constituait auparavant une source de revenus. Le déclin des populations d’abeilles a été attribué à la disparition des arbres dans la région.
»Il est nécessaire de mettre en place un plan durable dans le district ; le barrage, qui fournissait autrefois du poisson à la communauté, n’était plus en mesure de répondre à ses besoins. L’eau abondante du barrage devrait être exploitée pour des activités génératrices de revenus supplémentaires au profit de la population locale ». – Victor Mukonka, chef d’établissement
Les chefs de village se sont engagés à former un comité, comprenant le chef Kaingu, pour assurer la surveillance du quartier en réponse à ces défis. Leur objectif est de freiner l’abattage inconsidéré des arbres et de veiller à ce que les ménages adoptent des pratiques de subsistance durables.

Le problème de la déforestation en Zambie est multiforme, avec des facteurs et des conséquences complexes. Pour faire face à cette crise de manière efficace et durable, il est essentiel d’impliquer les chefs traditionnels et d’élaborer des solutions qui tiennent compte des défis uniques auxquels sont confrontées les communautés locales. En s’attaquant aux symptômes et aux causes profondes, la Zambie peut faire des progrès considérables dans sa lutte contre la déforestation et ses effets négatifs sur l’environnement et le climat. Il s’agit d’un effort collectif qui nécessite la participation de diverses parties prenantes, des chefs traditionnels aux organismes gouvernementaux et aux ONG, pour avoir un impact durable dans la lutte contre la déforestation.
