Au Kenya, des communautés locales redonnent vie à tout un écosystème : Le modèle Ramat
Dans les zones arides du nord du Kenya, les communautés s'unissent pour récupérer leurs terres dégradées. Dans le comté de Marsabit, les membres de la communauté ont planté plus de 13 000 arbres indigènes en un an, grâce à une nouvelle méthode de régénération naturelle gérée par les agriculteurs, appelée Ramat.
« Je m’appelle David Ngorori. Je suis le président de cette région appelée Skim. Dans notre communauté, « Ramat » signifie ‘de s’occuper s’occuper‘, s’unir pour prendre soin de nos terres. Pendant des années, nous avons vu nos terres se dégrader en raison de la déforestation, du surpâturage et du changement climatique. Des tempêtes de poussière ont balayé nos villages et les arbres indigènes qui fournissaient de l’ombre, des médicaments et de la nourriture pour notre bétail ont disparu. Nous savions que quelque chose devait changer.
Les défis climatiques locaux et leur impact
Le comté de Marsabit, situé dans les zones arides du nord du Kenya, est depuis longtemps confronté à la désertification et à la dégradation des sols. La hausse des températures, l’imprévisibilité des précipitations et les activités humaines telles que l’utilisation non durable des terres ont contribué à la disparition du couvert végétal. Pour les communautés pastorales, qui se déplacent avec leur bétail à la recherche de terres et d’eau, comme la communauté Samburu, cette perte a un impact direct. Elle affecte les moyens de subsistance, les sources d’eau et la biodiversité. Avec moins d’arbres, le sol s’assèche et s’érode, ce qui entraîne une augmentation des tempêtes de poussière et une réduction des pâturages. Le comté était autrefois un habitat prospère pour les éléphants. Il abritait également des espèces sauvages menacées telles que les zèbres de Grévy, les girafes réticulées, les léopards, les lions et une variété d’espèces d’oiseaux indigènes. En conséquence, certaines espèces ont entièrement disparu en raison du manque d’eau et de nourriture.
Comment la communauté locale aborde-t-elle cette question ?
Déterminés à faire revivre leurs terres, les membres de la communauté du comté de Marsabit ont pris les choses en main. Par l’intermédiaire de Nature and People As One (NAPO), un partenaire du programme Voices for Just Climate Action (VCA), ils ont découvert le modèle Ramat, une approche communautaire de la régénération naturelle.
En étroite collaboration avec d’autres dirigeants locaux, la communauté Samburu a élaboré des règlements pour protéger les arbres indigènes. Ces règlements précisent quels arbres doivent être conservés et comment les identifier en les marquant avec de la peinture. Pour garantir le respect de ces règles, la communauté a décidé de sanctionner la coupe des arbres protégés par une amende de 5 000 Ksh ou l’équivalent de la valeur d’une chèvre.

Femmes locales à Marsabit prenant soin de l’arbre Acia – Photo : Chris Kirimi
La solution spécifique : Le modèle Ramat en action
Le modèle Ramat est une technique de régénération naturelle gérée par l’agriculteur (FMNR), adaptée à la restauration des pâturages. Il suit les étapes clés suivantes :
- Identifier les arbres indigènes résilients qui peuvent résister à la sécheresse et n’ont besoin que de pluie pour survivre.
- Marquer les arbres avec de la peinture pour indiquer à la communauté qu’ils ne doivent pas être coupés.
- Désherber et élaguer régulièrement les arbres pour favoriser leur croissance et leur régénération.
- Appliquer les règlements de la communauté pour protéger les arbres et assurer une restauration à long terme.
Depuis la mise en œuvre de Ramat, la communauté a « sauvé » plus de 13 000 arbres en un an seulement, ce qui a considérablement transformé le paysage. L’air est plus frais, le sol recommence à retenir l’humidité et les animaux sauvages – éléphants, girafes et zèbres – reviennent dans des zones où ils n’ont pas été vus depuis des années. Les acacias ne se contentent pas de restaurer la terre, ils redonnent vie à tout un écosystème.
Comment la VCA a-t-elle facilité cette solution ?
Le programme Voices for Just Climate Action (VCA) a joué un rôle clé en donnant à la communauté Samburu les moyens de mener des efforts d’adaptation au climat grâce à des systèmes de connaissances indigènes. VCA, par l’intermédiaire du WWF-Kenya et de partenaires tels que la NAPO, a :
- Soutien technique et formation à la restauration durable des pâturages.
- Faciliter l’engagement politique, en aidant les communautés à établir des règlements locaux qui formalisent les efforts de conservation.
- Renforcer la collaboration entre les communautés et les gouvernements locaux, en veillant à ce que les structures de gouvernance à long terme soutiennent les solutions climatiques mises en œuvre au niveau local.
Jacqueline Kimeu, coordinatrice pour le changement climatique et l’énergie jusqu’en 2025, souligne l’importance de cette initiative :
« La beauté de ce modèle réside dans le fait qu’il est dirigé localement. La communauté Samburu utilise les connaissances indigènes pour conserver et restaurer son écosystème. C’est la raison d’être de l’EVC : aider les communautés à participer activement à l’action climatique et amplifier les solutions qui leur conviennent. »
David Ngorori désherbe un arbre qui a été marqué pour la restauration dans le comté de Marsabit
Les membres de la communauté sont passibles d’une amende de 5 000 Ksh s’ils abattent l’un des arbres marqués ou doivent donner une chèvre d’une valeur équivalente.


